mardi 16 juillet 2013

Dimanche festif à Bayeux


Pour cette 27ème édition des Fêtes Médiévales, Bayeux a vécu encore un fois au rythme du Moyen-Age autour de la Cathédrale.

Les spectacles de rues ont enchanté une foule disparate, les troubadours, jongleurs, chevaliers, princesses ou fées en costumes médiévaux ont fait vibrer les cœurs !!!

De nombreuses démonstrations d’artisanat  comme les tailleurs de pierres, les fabricants d’arcs et de flèches, les boulangers, les dentellières, les potiers, les forgerons ont attiré beaucoup de curieux. Les drôles de monstres sur des échasses ont donné quelques frayeurs aux enfants et même aux adultes. Malheureusement je n’ai pas assisté au défilé qui est toujours haut en couleurs, je vous laisse découvrir ce dimanche festif avec un poème en prose de Charles Beaudelaire qui m’a été inspiré par une figure très expressive d’un de ces personnages fantasmagoriques qui déambulaient dans les ruelles de la ville… 



Partout s’étalait, se répandait, s’ébaudissait le peuple en vacances. C’était une de ces solennités sur lesquelles, pendant un long temps, comptent les saltimbanques, les faiseurs de tours, les montreurs d’animaux et les boutiquiers ambulants, pour compenser les mauvais temps de l’année.




En ces jours-là il me semble que le peuple oublie tout, la douleur et le travail ; il devient pareil aux enfants. Pour les petits c’est un jour de congé, c’est l’horreur de l’école renvoyée à vingt-quatre heures. Pour les grands c’est un armistice conclu avec les puissances malfaisantes de la vie, un répit dans la contention et la lutte universelles.







L’homme du monde lui-même et l’homme occupé de travaux spirituels échappent difficilement à l’influence de ce jubilé populaire. Ils absorbent, sans le vouloir, leur part de cette atmosphère d’insouciance. Pour moi, je ne manque jamais, en vrai Parisien, de passer la revue de toutes les baraques qui se pavanent à ces époques solennelles.






Elles se faisaient, en vérité, une concurrence formidable : elles piaillaient, beuglaient, hurlaient. C’était un mélange de cris, de détonations de cuivre et d’explosions de fusées. Les queues-rouges1 et les Jocrisses2 convulsaient les traits de leurs visages basanés, racornis par le vent, la pluie et le soleil ; ils lançaient avec l’aplomb des comédiens sûrs de leurs effets, des bons mots et des plaisanteries d’un comique solide et lourd comme celui de Molière.








 Les Hercules, fiers de l’énormité de leurs membres, sans front et sans crâne, comme l’orang-outang, se prélassaient majestueusement sous les maillots lavés la veille pour la circonstance. Les danseuses, belles comme des fées ou des princesses, sautaient et cabriolaient sous le feu des lanternes qui remplissaient leurs jupes d’étincelles.








Tout n’était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupes de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l’encens de cette fête.





Au bout, à l’extrême bout de la rangée de baraques, comme si, honteux, il s’était exilé lui-même de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, voûté, caduc, adossé contre un des poteaux de sa cahute ; une cahute plus misérable que celle du sauvage le plus abruti, et dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, éclairaient trop bien encore la détresse







Partout la joie, le gain, la débauche ; partout la certitude du pain pour les lendemains ; partout l’explosion frénétique de la vitalité. Ici la misère absolue, la misère affublée, pour comble d’horreur, de haillons comiques, où la nécessité, bien plus que l’art, avait introduit le contraste. Il ne riait pas, le misérable ! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas ; il ne chantait aucune chanson, ni gai ni lamentable ; il n’implorait pas. Il était muet et immobile. Il avait renoncé, il avait abdiqué. Sa destinée était faite.







Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s’arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère ! Je sentis ma gorge serrée par la main terrible de l’hystérie, et il me sembla que mes regards étaient offusqués par ces larmes rebelles qui ne veulent pas tomber.
Que faire ? À quoi bon demander à l’infortuné quelle curiosité, quelle merveille il avait à me montrer dans ces ténèbres puantes, derrière son rideau déchiqueté ? En vérité, je n’osais ; et, dût la raison de ma timidité vous faire rire, j’avouerai que je craignais de l’humilier. Enfin, je venais de me résoudre à déposer en passant quelque argent sur une de ses planches, espérant qu’il devinerait mon intention, quand un grand reflux de peuple, causé par je ne sais quel trouble, m’entraîna loin de lui.
Et, m’en retournant, obsédé par cette vision, je cherchai à analyser ma soudaine douleur, et je me dis : Je viens de voir l’image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur ; du vieux poète sans amis, sans famille, sans enfants, dégradé par sa misère et par l’ingratitude publique, et dans la baraque de qui le monde oublieux ne veut plus entrer !


Charles Baudelaire

























32 commentaires:

  1. oyé oyé braves gens... enitram à fait des photos formidables!!!

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    1. Merci Elfi, un sujet qui ne peut qu'inspirer les photographes!!!

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  2. Un sujet très riche de toutes les attractions historiques et parfaitement en phase avec le texte de Baudelaire.
    merci de nous avoir fait partager ces activités médiévales. le portait de l'homme à la pelisse est saisissant et j'ai été tout particulièrement était intéressée par la dernière photo.

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    1. Cet homme à la pelisse, surgissant d'une ruelle, haut sur ses échasses était très impressionnant ainsi que ses compères...
      Les dentellières sont sorties de leur atelier à cette occasion et c'est ainsi que je les admire à chaque fois ! Il faut venir voir au musée leurs belles réalisations...

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  3. vraiment bien choisi, ce texte de Baudelaire!
    Et toujours des collages suggestifs.
    Quand tu veux, pour mes carnets ...après les vacances!

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    1. Oui, il me semblait parfait pour ce genre de manifestations...
      J'espère que ces collages ont assez bien montré la qualité et la grandeur de cette foire du Moyen-Age, tout à fait reconstituée!!!
      Je retiens l'invitation ! Merci

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  4. Joli ce texte de Baudelaire sur tes montages.
    Et pour l'insolite je suis gâtée.
    Mais dis moi quels sont chez jolis petits pains ou gâteaux tous ronds ?
    C'est très appétissant.
    Bises Martine et belle soirée

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    1. Je dirais "bonne question" !!!! Hi, hi, hi!!!!
      Ce sont des bourdelots normands aux pommes, une recette ancienne toujours d'actualité par ici. Il s'agit d'une pomme entourée de pâte feuilletée...
      Bon appétit Mireille, c'est l'heure !!!
      Bises

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  5. Absolument fascinante cette recréation médiévale! Quel travail, quelle énergie y sont déployés...et si magistralement décrit par Baudelaire lui-même.
    Merci, un billet coloré et si intéressant.
    Un beso.

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    1. La 27ème fête médiévale qui se prépare longtemps à l'avance et qui mobilise beaucoup de gens, de matériel, de costumes (beaucoup de bayeusains se déguisent pour l’occasion)...
      Le texte de Baudelaire décrit bien ce genre de manifestation et bien mieux de ce que j'aurais pu écrire!!!!
      Belle journée !
      Bises

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  6. Quelle belle publication en images et en textes !
    C'est curieux ce retour grandissant à la période du Moyen Age ou aux campagnes Napoléoniennes.
    Bravo !

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    1. Ici, le Moyen-Age est présent tous les deux ans en ville et c'est une fête attendue par tous les bayeusains!!!
      Il y a aussi un marché aux livres anciens et médiévaux...Avec des auteurs de maintenant!!!!
      Merci !

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  7. Il y a une diversité de têtes, de costumes, d'activités qui donnent le tournis, j'imagine aussi la musique qu'il devait y avoir quelque part. J'aime quand les boulangers de Basse Normandie viennent à Rouen en différentes occasions, on ne trouve pas ce genre de pain chez nous et les pommes enrobées de la même pâte. Une fête très réussie sous le soleil cette année.

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    1. Une vraie chance quand le ciel est bleu !!! Qui a dit qu'il pleuvait toujours en Normandie ?
      Les gourmandises normandes que ce soit à Rouen ou à Bayeux sont toujours les bienvenues...Bourdelots ou douillons!!!!

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  8. Alors là, bravo! les mots et l'image...le Moyen Age n'est pas ma période préférée mais ton effet est très réussi. Bravo Enitram

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    1. Merci Galéa ! Le M-A est à la fête tous les deux ans le premier week-end du mois de juillet ! Une fête incontournable pour les calvadosiens !!!

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  9. Houlala cela va un peu trop vite pour moi ici .je n'ai pas le temps de tout suivre .
    L'élue d'astreinte que je suis présentement pour 15 jours songe à tout ce cela implique en amont et en aval
    Aux heures passées par ceux que nous nommons dans notre jargon "les techniques" aux kilomètres de câble déroulés aux tableaux relais électriques qui se comptent par dizaines,les mêmes qui seront sur le pont pendant les festivités ...
    Et ensuite tout nettoyer tout remettre en ordre afin que ce soit rendu à son état originel le plus rapidement possible et crois moi ce n'est pas une mince affaire je trouve qu'on les oublie trop souvent dans ce genre de manifestation et surtout ce que l'on oublie c'est que si elle est réussie c'est grâce à eux
    Désolée de faire un peu tâche

    Je te souhaite une douce journée
    Bises

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    1. Tu as tout à fait raison de souligner l'énergie d'une équipe humaine qui se déploie des journées entières, sans compter tous les bénévoles qui œuvrent pour que ce soit une réussite !!! Sans eux on ne pourrait pas envisager ce genre de manifestations, c'est sûr !!! Merci à l'élue qui sait de quoi elle parle et de ce fait tu complètes parfaitement mon propos ici !
      Beau dimanche au soleil ou à l'ombre!!!!
      Bises au ralenti

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  10. Curiosas y bonitas imagenes...un abrazo desde Murcia...

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    1. Merci beaucoup et bienvenue dans "mon" univers !!!
      Fin de semana buena y pronto !

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  11. Magnifique billet médieval ! J'adore ces fêtes! Et le texte l'accompagne si joliment...Quelle beauté cette cathédrale de Bayeux !
    Merci Martine !
    Bisous

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    1. Et la cathédrale est redevenue d'une belle couleur, on lui fait sa toilette depuis quelques mois, je ne sais pas si c'est très visible sur les photos...
      Une belle fin de semaine à toi !
      Bisous

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  12. La cathédrale de Bayeux , j'ai fait un voeux dans cet endroit magique .
    Oui +++ ce voeux s'est réalisé , nous en parlons souvent avec mon fils .
    Merci Enitram pour ce merveilleux reportage .
    Bonnes vacances ensoleillées et bises de Louise

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    1. Un merveilleux souvenir alors !!!
      Une fête où nous aimons déambuler et cette année c'était avec notre petite Cassandre, alors tu penses bien que voir ses yeux s'écarquiller nous réjouit...
      Bonnes vacances à toi et bel été !

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  13. Quand je pense que je ne connais pas cette ville superbe...Va falloir combler ce manque..
    C' est toujours beau quand on se met ensemble pour de telles réalisations simplement pour les bonheurs de tous..:-).
    C' est sympa l' été même si il fait chaud...!!
    Bisous Martine

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    1. Et quand tu viens, tu me fais signe, d'accord !!!!
      Une fête collective de toute beauté, c'est certain !!!!
      L'année passée le temps était gris et pluvieux et c'est vrai quand le soleil brille c'est super !
      Bisous et bonne journée !

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  14. hello
    à part la tapisserie de la reine Mathilde
    c'est tout ce que je connais de Bayeux
    c'est une très grande Fête populaire
    les masques me font toujours un peu peur ::::
    bon weekend , amuse-toi bien
    tendresse
    edith(iris)

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    1. Merci de passer par ici Edith, la fête est toujours réussie à Bayeux et quand il y a du grand soleil...
      Ma petite fille te dirais "il ne faut pas avoir peur d'avoir peur, c'est une blague!!!!"
      Réponse un peu tard...
      Bises

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  15. Bonjour Martine. Tu as vraiment l'art du reportage. Tes montages (superbes comme d'hab) et le choix de ce texte si bien adapté font de ta page un petit bijou.
    Quelle chance que cette fête se soit déroulée sous un grand soleil ! Tant de travail de préparation mérite bien une belle journée.
    Gros bisous à toi Martine !

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    1. Quelque peu en retard pour te répondre, je suis rouge de confusion, un petit bijou, dis-tu, c'est peut-être un peu trop, non !!!!
      Merci et à bientôt !
      Bisous

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  16. Somptueux billet !
    Textes et images se répondent à merveille.
    Ton billet me donnent envie d'assister aux prochaines Fêtes Médiévales de Bayeux (pourvu que la température soit plus clémente qu'en ce moment !
    Bises et merci pour ce beau moment poétique et récréatif

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    1. Oh, oh, Tilia !!! J'avais peur de me répéter car ce n'est pas la première fois que je raconte ces fêtes mais chaque année il y a des nouveautés et la ville se prête tout à fait à ce genre de manifestation...
      Je suis très contente que ce texte vous semble, à toutes, correspondre aux photos !
      Bonne soirée !
      Bises

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