mercredi 27 mai 2015

Etonnants Voyageurs en escale à Saint Malo

Emportés vers Saint Malo, sur le Sillon, au palais du grand large depuis de nombreuses années, cette fois pour fêter la 25e édition du Festival des Étonnants Voyageurs, nous avons galopé d'une rencontre d'auteur à une table ronde, à un débat ou une dédicace...

Les trois jours ont passé à la vitesse d'un cheval au galop dans la baie du Mont Saint Michel !

De ces moments intenses, je vous en ferai voir quelques uns en images mais ne manquer pas d'aller consulter leur site et peut-être écouter quelques retransmissions. Ce Festival sait le faire !

Avoir le temps de déjeuner d'une très bonne galette du "Petit Bey" et pourquoi pas d'une crêpe "Suzette" et un soir s'offrir un petit dîner au "Palais d'Asie", une cuisine thaïlandaise délicieuse, Intra-muros.

Bref, je vous le dis, trois jours qui passèrent trop vite...

Soyez indulgents car je mets seulement quelques notes que je n'ai pas pris le temps de rédiger !




Avec Lire, qui fêtait ses 40 ans et François Busnel nous parcourions de notre fauteuil les grands espaces américains (Carnets de route un documentaire de 52' de 2012) pour suivre à la suite, une rencontre autour de "Le grand roman américain" avec comme intervenants Dan O'Brien (l'éleveur de bisons-écrivain) "Wild idea", Anthony Doerr "Toute la lumière que nous ne pouvons pas voir", Philipp Meyer "Le fils", Kim Zupan "Les arpenteurs" et bien sûr François Busnel. L'Amérique et surtout l'Ouest reste une légende et pourtant les jeunes écrivains, comme Philipp Meyer, revisitent son histoire et nous offrent des romans forts tandis qu'O'Brien nous fait vivre au travers de ses écrits l'espace de ces grandes plaines de l'Ouest où il vit...

Trois romans qui ont un grand succès cette année !




L'invention du paysage. Du jardin au grand dehors.

{Vous connaissez ma grande passion pour la nature, la campagne, mon jardin, mon potager, mes fleurs, mes arbres, à la maison ce ne sont pas les bisons mais les chevaux depuis un quart de siècle... C'est ainsi que j'ai choisi ce thème.}

Intervenants Dan O'Brien, Pierre Schoentjes, Claude Eveno.

Ici, il était question de contrastes, de différents environnements urbains,  entre jardins et parcs, et le grand dehors, les plaines immenses du grand ouest américain sans oublier les terres de Hollande. Chacun avec sa propre culture, ses souvenirs d'enfance, sa façon d'habiter les lieux.

O'Brien "Wild idea", dit-il, fait partie humblement de la nature qui l'entoure, il élève des bisons dans de grands espaces qui règlent sa vie après avoir créé une entreprise, un ensemble d'écosystème qui lui permet de lutter contre le grand capitalisme et la destruction de ces espaces grandioses.
Les bisons, icônes de l'Ouest où il existe encore une parenté entre les indiens et ces gros mammifères. Mais O'Brien nous rappelle aussi la rudesse, la puissance de la nature...

Ses livres racontent sa vie et son lieu de vie ("Wild idea").



Claude Eveno "L'humeur paysagère" nous raconte les jardins, lieux de rêverie, de méditation de promenade solitaire... Le grand dehors pour les urbains actuels (sic) !
Le passé culturel, le monde qui avance, qui change. Le sauvage dans les herbes qui bordent nos grandes routes et autres périphériques... Les espaces verts urbains source de beauté face à l'immense, les lignes, les perspectives comme déjà Le Nôtre savait l'orchestrer, le land-art...
Comme les places publiques ont souvent disparues ou ont été réduites par un urbanisme galopant, il faut trouver d'autres endroits de rencontre, de sociabilité et ce choix ne peut être que politique... La sauvegarde des jardins historiques,  la conception des espaces publics...

Pierre Schoentjes "Ce qui a lieu, essai d'écopoétique", lui, ne se définissant pas avec la nature, parle plutôt du rapport de l'homme au lieu où il vit, où il travaille. Comment habiter son environnement ? Un passé humaniste qui n'est pas du tout le même en Amérique. Le rapport à la campagne ne peut pas être le même en Europe où l'on parle plus de ruralité, utilisation des sols, de rendement, dans des espaces mesurés, calculés et d'espace de vie dans la ville... Les mesures nationales ne suffiront pas pour régler les problèmes de l'environnement. Comment garder le sentiment de la nature ? C'est souvent à travers notre culture que nous regardons notre environnement.
Deux mondes différents. Dans l'un, on fait avec, dans l'autre on invente, on crée des lieux qui nous raccordent à la nature...

Dommage, Kathleen Jamie "L'œil du faucon" n'a pas pu assister au débat !




Peindre-Écrire...
L'imagination créatrice

Frankétienne "Chaophonie", le sage de 79 ans qui nous brossa le pouvoir des mots qui peuvent exprimer l'invisible mais aussi l'énergie du monde et son pari sur l'avenir. Il souligna en particulier la musique des mots en déclarant que le verbe c'est la vibration.
L'imaginaire comme l'insaisissable font partie de la totalité des êtres et des choses. Tout se rejoint... Les mots nous échappent au contraire des couleurs de la peinture. Le rêve a toujours un lien avec la réalité. A Tahiti, partout, la vie et la mort sont présents. L'imaginaire contient toutes les réalités. La peur d'écrire, d'assembler des mots en tenant compte des règles, des contraintes mais c'est pourtant dans l'écriture que l'on peut rencontrer le monde de tous les possibles.




Murielle Barbery "La vie des elfes", nous annonça que le livre est une mélodie avec un rythme, un souffle qui peut nous raconter des mondes invisibles...
J'écris et je ne sais faire que cela. Mes mots décrivent les autres arts surtout la peinture. Décrire le scintillement...
Le langage de la nature, un enchantement naturel, est un sas entre le réel et l'imaginaire...
Ses deux héroïnes, Clara et Maria que tout sépare, pourtant se retrouvent en contact avec le monde des elfes. Les elfes, symbole du monde de l'art et du mystère devraient avoir des temples japonais, dit-elle, influence de son séjour au Japon pendant deux années... Il y aura une suite à cet opus !

Breten Breytenbach "la femme dans le soleil", répond à Frankétienne en ajoutant que la vibration c'est la conscience, le mouvement de l'imagination est une éthique. La poésie assemble l'exorcisme, la danse des mots, la couleur des mots. Elle n'est pas littérature, elle bouge, elle vibre...
L'invisible ne s'invente pas, on le crée. L'imaginaire domine, est préexistant dans les rêves...
Le sens des mots pour l'auteur n'est pas obligatoirement celui du lecteur.
L'écrivain est un passeur. Écrire la poésie avec conscience et lucidité en soulignant les oppositions et les contradictions. Il faut se dissoudre derrière son écrit, devenir autre avec ses peurs, ses frontières et malgré tout percer l'écran...


Hubbert Addad "La condition magique" affirme qu'il est peintre avant tout, peinture qui lui a permis de parier sur l'infini et le néant. Mais poète, il est aussi et ses deux formes artistiques se mêlent et se complètent. C'est une expression de soi à partir d'incertitudes et d'inquiétudes.
Les champs de l'art sont des espaces de liberté. Il suggère l'image de la coque de noix de l'imagination sur l'océan sur lequel nous sommes tous. Soyons des coques de noix pour voguer avec notre imaginaire !





Après la projection du film "Le phare, un voyage immobile" tourné par Paolo Rumiz (et réalisé par Alessandro Scillitani) sur une île minuscule, au milieu de l'Adriatique, plantée d'un phare en son milieu,  le débat avait pour thème "L'esprit des lieux".

Paolo Rumiz avait déjà beaucoup voyagé, des frontières de l'Europe en remontant les Balkans, en suivant les traces d'Hannibal et le fleuve Le Pô.
Ayant envie d'ailleurs encore une fois, il s'évade sur une île, dans un phare et commence le voyage immobile !
Immobile, si l'on veut car il a arpenté l'île de long en large, pour suivre, les goélands en nombre avec leurs cris, le vent avec un chant différent à chaque apparition, le bruit assourdissant des tempêtes, le grésillement des voix, dans toutes les langues méditerranéennes sortant d'une radio dans le phare où habitent deux gardiens et bien sûr le bruit incessant de la machinerie du phare qui sans cesse avertit les bateaux avec sa petite lumière d'une ampoule de 20 watts. Il dira l'importance la voix du lieu, surtout celle du vent.
"J'avais besoin de me reposer, loin du monde et pourtant je n'ai pas arrêté de marcher, filmer, de méditer, d'observer, d'écrire et je me voyais dans ce phare au centre du monde !"

La Méditerranée est une mer plus sérieuse qu'on le pense, des changements soudains, le vent qui se lève sans prévenir et, vivre dans le phare comme dans une forteresse a été pour lui une singulière expérience.



Claude Eveno "L'humeur paysagère"  nous parla bien sûr des jardins, lieux qui peuvent aussi nous aider à vivre ensemble, proches du vivant, de la nature où la méditation est possible aussi. Malgré que les jardins fassent appel à tous nos sens (le vent dans les arbres, les oiseaux...), il en est un qui lui semble important,  la vue.

Cédric Gras, nous raconta en quelques mots "ses trois automnes en une seule année" en voyageant en Russie d'Extrème-Orient, poussé par "L'hiver aux trousses". Donc pour lui, l'esprit des lieux c'est en priorité l'importance de la lumière, la lumière caractéristique de l'automne. L'esprit des lieux est immatériel, c'est souvent l'esprit littéraire. On parle souvent des maisons qui ont une âme, l'atmosphère de certains hôtels qui gardent entre leurs murs encore la trace de personnages anciens...





Quelques prix décernés en cette année 2015 :

Simone Schwarz-Bart, auteure de "L’ancêtre en solitude", au Seuil, et l’Américain Philipp Meyer, auteur de "Le Fils" chez Albin Michel, ont reçu les prix Littérature Monde en langue française et étrangère.
Le discours de Me Simone Scharz-Bart fut un moment fort et parfois émouvant, émotion que la présidente, cette année Ananda Devi témoigna dès le début de la remise des prix et  à la suite.



Prix Nicolas-Bouvier à Paolo Rumiz, Le Phare: Voyage immobile (Hoebecke)

Prix Étonnants Voyageurs à Sylvain CoherNord-nord-ouest (Actes Sud)


Il y en eu d'autres mais je n'ai pas tout suivi !


Un week-end intense mais à chaque fois qui nous fait voyager avec jubilation...

19 commentaires:

  1. ça m'intéresse les bouquins...je reviendrai lire à mon retour...je pars vite
    bisous

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  2. Hou! Quel programme!
    Je repasse lire tout cela, par petits chapitres, un peu plus tard

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  3. Passionnant ! Il faudra que je vienne à St-Malo, lors d'un prochain festival, et puis c'est une ville que j'aime. Merci pour tes belles photos !
    De plus, j'ai un ami qui a reçu le prix du Roman jeunesse francophone ce weekend au Festival des Etonnants Voyageurs. On est très fiers de lui !
    Gros bisous Martine !

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  4. Bravo !! J' ai lu avec beaucoup d' intérêt le résumé et le but de ton séjour à St Malô ...une ville si riche d' histoire ...
    Pas étonnant que tu aies aimé différents sujets de livres qui parlent de la magie de nos jardins ...ils nous emmènent toujours bien loin en voyage ...:-)
    " Le phare " de Hoebecke me tente bien ...
    Comme toi je continuerai de m' émerveiller dans tous ces jardins qui ont une âme c' est sûr
    Belle journée à toi belle dame aux iris ..:-)

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  5. Merci, merci pour ce compte-rendu détaillé et illustré. Le problème dans ce genre d'endroit, c'est de choisir les débats et les rencontres. Il y en a tellement qu'il faut forcément en laisser de côté .. J'ai l'intention de lire Nord-nord-ouest. Tu restes sur place pendant les 3 jours ?

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  6. Bonjour Martine. C'était à n'en pas douter un week-end très dense. Ton résumé de vos conférences est à relire pour mieux apprécier les commentaires des écrivains.
    En tout cas, je retiens surtout cette phrase que j'aime beaucoup :
    "Soyons des coques de noix pour voguer avec notre imaginaire !"
    Quelles que soient nos lectures, il est doux de se laisser porter pour vivre autrement des ici et des ailleurs... Vive la lecture !
    Gros bisous à toi :-)

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  7. Superbe billet ! Tu nous mâches le travail, c’est bien…
    Ah Philipp Meyer, le rêve américain, le Texas, les dynasties… cela m’a fait sourire. Je ne connaissais pas Dan O'Brien par contre, je note.
    Tu me donnes également envie de lire Claude Eveno, bien présent dans l’actualité quand il parle de créer un paysage dans un espace, Claude Eveno parle également de « palimpseste permanent »j’aime beaucoup ses réflexions multiples sur les villes.
    "Le Phare, voyage immobile" de Paolo Rumiz est bien tentant

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  8. c'est le premier voyage en amoureux que j'ai fait avec mon homme actuel

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  9. Tu nous offres là un condensé qui nous pousse à rêver... et à lire! Merci pour cet admirable reportage sur les livres possibles! Le thème choisi est en effet parfait pour une liseuse jardinière!

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  10. C'est riche, dense comme ton weekend!!! Tu as du te régaler.Tu as ramené des livres? Je voulais t'envoyer le Muriel Barbery "La vie des elfes" dont j'attendais tellement après le hérisson et plus de 9 ans d'absence mais il me semble qu'elle s'adresse à un autre public et, à la soixantième page, je ne sais pas encore, si toutes les deux, nous en sommes...
    Bises ensoleillées

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  11. J'ai mis du temps pour laisser un com.
    Je voulais lire ce billet en entier.
    Ce festival dont tu nous livre un beau résumé a dû te réjouir.
    Un petit plus pour O'Brien et Paolo Rumiz.
    Merci Martine.
    Gros Bisous et belle journée

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  12. Oh! combien tu as dû te régaler! Ce billet aux multiples facettes en est la preuve!
    J'aurais aimé baigner dans un tel univers.
    Bravo pour ce condensé qui nous jette sur les chemins de la lecture.

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  13. Maintenant il faut venir à Nice pour le Festival du livre du 5 au 7 juin 2015.

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  14. Verte, verte de jalousie tout simplement !!

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  15. Merci merci pour ce joli compte rendu d'un Festival que j'adorerais faire. Mais il est trop loin pour moi et pas en période de vacances....
    J'avais retenu le livre de Paolo Rumiz, je ne savais pas qu'il y avait un film également.
    Bises et bon WE

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  16. Les mots de Krankétienne me font vibrer

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  17. Quelle chance ton séjour et quel riche partage !!!

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  18. Tiens c'est amusant, j'y étais aussi (comme tous les ans) et je n'ai absolument pas vu les mêmes auteurs et les mêmes rencontres que toi !! Chacun se fait vraiment "son" festival à lui, il y a tellement de choix :-)

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  19. Cela doit être passionnant! Vraiment!
    J'avais suivi le blog de Françoise Dasque qui était partie à peid d'Ardèche jusqu'au Japon (avec un peu d'avion forcément).
    J'avais adoré!
    Elle était passée sur France Inter, c'est ainsi que je l'avais connue.

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