mercredi 6 juin 2012

En compagnie des étonnants voyageurs



 En cette belle fin de semaine ensoleillée de la Pentecôte, comme depuis plusieurs années, nous nous rendions à Saint Malo, au festival "des Étonnants voyageurs". Nous avions même prévu les chapeaux de paille pour aller d'un point à un autre dans la ville !
Je ne vous présenterai pas tout mon programme, tellement il fut intense, ce fut trois journées bien remplies. "Bon, cette fois on fait "cool" ! Disions-nous avant de partir…


Entre les cafés littéraires, dans la salle du grand large, les différentes interventions à l'école de la marine,  à l'hôtel du nouveau monde, au théâtre Chateaubriand… Ce fut un vrai festival et je vous raconterai, à l'aide de quelques photos, mes rencontres ou découvertes.




 D'abord, une intervention convaincante d'Eric Orsenna avec son humour sympathique. Il nous présenta son dernier opus "la route du papier", (que tout le monde a lu sauf moi !) avec une verve absolument érudite et vécue, de la naissance du papier en Chine, en passant par le Japon, la Corée, Saint Marcande, l'Italie, Grenoble (centre technique du papier) Montgeron et le faux-monnayeur, Nanterre où se trouve l'office des contrefaçons… Et tout cela avec maintes anecdotes et maints détails.




Il termina par l'évocation des carnets de Pasteur, découverte qui le fait encore frémir aujourd'hui puisqu'il occupe son ancien siège à l'Académie.
Son prochain livre aura pour thème la mer, nous a-t-il dit, puisqu'il part, je crois, avec une très grande navigatrice, Isabelle Autissier.






Un bon moment passé aussi avec Carole Martinez et son "Du domaine des murmures" (que j'ai lu !) Elle nous rappela de joyeuse façon, qu'il lui fallu quatorze ans pour écrire son premier livre  "le cœur cousu" et deux mois pour le voir filer des bacs des libraires…
Elle adore entendre son lecteur raconter son livre mais puisqu'elle se trouve là pour en parler… Elle a laissé son héroïne deux cents pages dans son "trou" alors qu'elle pensait ne la laisser là qu'une trentaine de pages ! Au début de l'écriture, elle ne pensait pas parler de maternité, de relation filiale mais seulement de murmures de six femmes enfermées dans ce même trou noir…



Et puis la maternité est venue s'inscrire sur ces murs. Son héroïne l'a ressentie, la première fois, sur la pointe des seins   contre les murs de sa prison. Toutes ces sensations d'enfermement, elle est allée les vivre dans un  vrai château, qu'elle avait  tout d'abord construit sur le papier. Ou du moins, elle s'est inspirée du château de Montal près de St Céré (j'en garde un très beau souvenir !), nommé "château de la maternité" construit en 1523 par une femme, Jeanne de Balzac qui se croyait stérile. Elle le destinait à son fils aîné, Amaury, qui, parti à la guerre, ne revint pas vivant. Vous ne manquerez sans doute pas de remarquer les mots "Plus d'espoir", que la malheureuse mère fit graver sous une des lucarnes du bâtiment." Il y a l'aile des vivants et l'aile des morts et une tour…



Six femmes sont passées par ce château, dont Jeanne de Balzac et Esclermonde (celle qui éclaire le monde) et il ne reste que leurs murmures. Elle les a imaginées puis dessinées.
Carole Martinez avait pensé pour le titre de son livre "ne vois-tu rien venir" puis " le soupir de la sainte et les cris de la fée" (vers de Gérard de Nerval)…
Le "domaine des murmures", ça fait un peu "pinard" a pensé un de ses amis et les filles  ont pensé à une saga… Elle choisit alors "Du domaine des murmures"
Le thème de la femme qui refuse, une recluse, qui était déjà le thème de son "cœur cousu", une femme enfermée dans sa cuisine. Dans celui-là, dès le départ, elle voulait l'enterrer vivante comme dans les contes orientaux (déjà dans "le lait de la mort" chez Yourcenar) où l'on prie sans aucune issue, (voir  les dames du 12e de Georges Duby, les pèlerins faisaient passer les messages de recluses en recluses.
Puis elle nous parla de la fenestrelle, petite fenêtre avec des barreaux, métaphore très forte, qui est devenue l'unique orifice de la recluse (sa bouche, son sexe).
La pierre allait enfanter. Un ventre de chair enfermé dans un ventre de pierre qui lui-même est enfermé en moi nous confie Carole Martinez. Je trouve cette image incroyable. Et vous ?




La prochaine fois je vous conterai, une belle rencontre que j'ai faite aussi cette année, l'auteure mauricienne Ananda Devi. A bientôt !