samedi 16 février 2013

Un mercredi à la campagne

La première photo sera ma participation à la photo de la semaine avec Amartia et tous les participants


                                                          J'anime la rubrique


Mercredi, nous passions la fin de l'après-midi et la soirée au cinéma le cinémoviking de Saint Lô  où nous avons pu revoir "Un dimanche à la campagne" et "la vie et rien d'autre" deux films présentés par Bertrand Tavernier lui-même.
Inutile de vous dire que ce fut passionnant et pour la deuxième fois (la première fois au festival  du cinéma de Compiègne) nous avions la joie de rencontrer cet homme enthousiaste et simple qui parle de son cinéma comme personne, Monsieur Bertand Tavernier …
En premier lieu, Il nous a présenté ce "dimanche à la campagne" si mélancolique, presque ennuyeux avant que n'arrive Sabine Azena, l'enfant préféré du père, si élégante, si joyeuse, si extravagante aux côtés de son frère si terne, si réservé…Le père est ébloui par sa fille qui reste pour lui un véritable bouquet de bonheur !!!! Voir un extrait ici
Ce qu'en dit Ouest-FRANCE : "Comme chaque dimanche de cette année 1912, un vieux peintre au crépuscule de sa vie accueille ses enfants dans sa maison de campagne. Le sérieux de son fils contraste fortement avec l'anticonformisme de sa fille."






Puis ce fut la présentation du deuxième film, "la vie et rien d'autre" Extrait ici
En 1920, un commandant de l'armée française (Philippe Noiret) est chargé d'identifier et de recenser les soldats disparus de la Grande Guerre. Sur son chemin il rencontre une femme (Sabine Azema) qui recherche son mari et en tombe amoureux.
Présentation du film suivie après le film d'un moment de questions-réponses où B. Tavernier ne fut pas avare de renseignements sur cette période de 1920 où 350 000 disparus furent recherchés. Philippe Noiret et Sabine Azema y jouent merveilleusement bien avec une belle authenticité et beaucoup d'émotion 

et je me souviendrais encore longtemps de cette lettre que Noiret (le commandant Dellaplane), de sa belle campagne, envoie à Sabine, partie aux Etats Unis… Lettre que toute femme aimerait bien recevoir un jour, et c'est Jean Cosmos le coscénariste  et dialoguiste du film qui l'a écrite nous dit B. Tavernier. 






Comment ne pas resté insensible, à la fin du film, à cette avalanche de beauté, les collines, le cheval et son cavalier, la mer et en contraste, les immeubles de New-York, dans les beaux quartiers, ce bel appartement habité par une femme très élégante qui lit une lettre…





Voilà :


Bédarieux, 6 janvier 1922
Irène, très chère Irène,
Votre lettre m'a donné une très grande joie parce qu'elle m'apportait un grand espoir. Enfin vous ! Enfin quelques mots me rendaient votre voix, votre regard, l'émouvante silhouette de mes jours et de mes nuits de solitude! Dieu veuille que mon message vous atteigne à New York avant ce grand départ que vous m'annoncez pour le Wisconsin. J'ai eu du mal à le découvrir sur mon globe. Comment vous y retrouverais-je si vous aviez l'imprudence d'aller vous y perdre?
"Nouvelle vie" dites-vous, "nouvelles têtes, nouveau départ". Qu'avez-vous besoin de toute cette nouveauté, vous qui renouvelez si bien toutes choses et notamment le vieux cœur des vieux hommes?
Vous n'avez compris ni mon trouble ni mon silence. Ai-je compris moi-même? J'étais, je suis encore tremblant de mon immense tendresse, et votre véhémence, votre flamme me paralysaient... nuit effrayante dans mon souvenir. Il suffisait que je murmure les trois mots dont vous me lanciez le défi et je me suis tû. Aujourd'hui, je les crie cent fois par jour, de toutes les forces qui me restent, souhaitant qu'ils passent la formidable étendue qui nous sépare: je vous aime, oui je vous aime, à jamais.
Cet aveu vous donnera peut-être à rire après tant de mois de séparation. Il me soulage. Il m'assure que je suis vivant, en paix avec moi-même. Le reste n'est que broutilles.
J'ai pris de grandes résolutions. Par exemple celle de me séparer de l'armée, laquelle d'ailleurs n'a fait aucune difficulté pour me libérer. Et comme je n'ai de goût ni pour les villes, ni pour les cravates, j'ai regagné la terre de mon enfance où je dispose d'une maison de famille entourée de quelques hectares de rocaille et de vignoble.
Je vous offre, sans trop d'illusion, cette royauté dérisoire.





Il est dix heures du soir. L'air sent bon le crottin, la menthe et le caramel parce que j'ai fait tomber du sucre sur ma cuisinière. Demain matin j'irai voir si les sangliers de mon petit bois sont partis pour l'Espagne et je commencerai d'attendre, de vous attendre. J'attends déjà. Je n'attendrai pas plus de cent ans. Mettons cent un ans.





Post-scriptum: C'est la dernière fois que je vous importune avec mes chiffres terribles. Mais par comparaison avec le temps mis par les troupes alliées à descendre les Champs Élysées lors du défilé de la Victoire, environ trois heures je crois, j'ai calculé que dans les mêmes conditions de vitesse de marche et de formation réglementaire, le défilé des pauvres morts de cette inexpiable folie n'aurait pas duré moins de onze jours et onze nuits. Pardonnez-moi cette précision accablante.
À vous, ma vie...