Découvrir un paysage que l'on croit connaître
et qui vous surprend encore une fois, habillé d'une parure inconnue, vue pour
la première fois, dans cet écrin de collines…
En prenant cette série de photos, je pensais
fortement au dernier opus de Christian Bobin et j'essayais de m'imprégner de
cette immobilité, cette paix et cet émerveillement d'une nature endormie par le
givre qui l'a recouvrait de son manteau…
Et c'est avec ce poète que nous ferons cette
balade hivernale si vous le voulez !
"Nos pensées montent au ciel comme des
fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien
pensé. Le ciel est venu manger dans ma main.
Maintenant c'est le soir mais je ne veux pas
laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous voyez le monde.
Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs
partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance.
Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau - ça oui,
c'était important.
Nous massacrons toute la douceur de la vie et
elle revient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique - mais
l'oiseau que j'ai vu s'enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs
serrés, m'a ébloui.
J'essaie de vous dire une chose si petite que
je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut
effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre.
L'oiseau
allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un
palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un
poème.
Voici, je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque rien que j'ai vu aujourd'hui et qui a ouvert toutes les portes de la mort : il y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir.
Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les
piliers qui sont dans notre coeur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de
cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de
ses bienfaits les assassins que nous sommes."
Christian Bobin
L'homme-joie







