SOLEILS COUCHANTS
J'aime les soirs sereins et
beaux, j'aime les soirs,
Soit qu'ils dorent le front
des antiques manoirs
Ensevelis dans les
feuillages ;
Soit que la brume au loin
s'allonge en bancs de feu ;
Soit que mille rayons
brisent dans un ciel bleu
A des archipels de nuages.
Oh ! Regardez le ciel ! Cent
nuages mouvants,
Amoncelés là-haut sous le
souffle des vents,
Groupent leurs formes
inconnues ;
Sous leurs flots par moments
flamboie un pâle éclair.
Comme si tout à coup quelque
géant de l'air Tirait son glaive dans les nues.
Le soleil, à travers leurs
ombres, brille encor ;
Tantôt fait, à l'égal des
larges dômes d'or,
Luire le toit d'une
chaumière ;
Ou dispute aux brouillards
les vagues horizons ;
Ou découpe, en tombant sur
les sombres gazons,
Comme de grands lacs de
lumière.
Puis voilà qu'on croit voir,
dans le ciel balayé,
Pendre un grand crocodile au
dos large et rayé,
Aux trois rangs de dents
acérées ;
Sous son ventre plombé
glisse un rayon du soir ;
Cent nuages ardents luisent
sous son flanc noir
Comme des
écailles dorées
Puis se dresse un palais.
Puis l'air tremble, et tout
fuit
L'édifice effrayant des
nuages détruit
S'écroule en ruines pressées
;
Il jonche au loin le ciel,
et ses cônes vermeils
Pendent, la pointe en bas,
sur nos têtes, pareils
A des
montagnes renversées
Oh ! Contemplez le ciel ! Et
dès qu'a fui le jour,
En tout temps, en tout lieu,
d'un ineffable amour,
Regardez à travers ses
voiles ;
Un mystère est au fond de
leur grave beauté,
L'hiver, quand ils sont
noirs comme un linceul, l'été,
Quand la nuit les brode
d'étoiles
Victor Hugo
Le Coucher du
soleil
Il se penche, et
s’éteint. Le jour expire, mais il va porter autre part une nouvelle vie.
Oh! Que n’ai-je des ailes pour m’élever de la terre, et m’élancer après lui dans une clarté éternelle!
Oh! Que n’ai-je des ailes pour m’élever de la terre, et m’élancer après lui dans une clarté éternelle!
Goethe, Faust
Crépuscule, comme vous êtes
doux et tendre ! Les lueurs roses
qui traînent encore à
l'horizon comme l'agonie du jour sous
l'oppression victorieuse de
sa nuit, les feux des candélabres qui font
des taches d'un rouge opaque
sur les dernières gloires du couchant,
les lourdes draperies qu'une
main invisible attire des profondeurs de
I'Orient, imitent tous les
sentiments compliqués qui luttent dans le
cœur de l'homme aux heures
solennelles de la vie.
On dirait encore une de ces
robes étranges de danseuses, où
une gaze- transparente et
sombre laisse entrevoir les splendeurs
amorties d'une jupe
éclatante, comme sous le noir présent
transperce le délicieux
passé; et les étoiles vacillantes d'or et
d'argent, dont elle est
semée, représentent ces feux de la fantaisie
qui ne s'allument bien que
sous le deuil profond de la Nuit.
Baudelaire
Et comme je l'avais promis à certaines, je vous propose de nouveau cette photo...








