mardi 21 janvier 2014

Quand le soleil couchant nous fait oublier la pluie


SOLEILS COUCHANTS

J'aime les soirs sereins et beaux, j'aime les soirs,
Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs
Ensevelis dans les feuillages ;
Soit que la brume au loin s'allonge en bancs de feu ;
Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu

A des archipels de nuages. 



 Oh ! Regardez le ciel ! Cent nuages mouvants,
Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,
Groupent leurs formes inconnues ;
Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair.
Comme si tout à coup quelque géant de l'air Tirait son glaive dans les nues.





 Le soleil, à travers leurs ombres, brille encor ;
Tantôt fait, à l'égal des larges dômes d'or,
Luire le toit d'une chaumière ;
Ou dispute aux brouillards les vagues horizons ;
Ou découpe, en tombant sur les sombres gazons,
Comme de grands lacs de lumière.


 Puis voilà qu'on croit voir, dans le ciel balayé,
Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,
Aux trois rangs de dents acérées ;
Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir ;
Cent nuages ardents luisent sous son flanc noir
Comme des écailles dorées




Puis se dresse un palais.
Puis l'air tremble, et tout fuit
L'édifice effrayant des nuages détruit
S'écroule en ruines pressées ;
Il jonche au loin le ciel, et ses cônes vermeils
Pendent, la pointe en bas, sur nos têtes, pareils
A des montagnes renversées




Oh ! Contemplez le ciel ! Et dès qu'a fui le jour,
En tout temps, en tout lieu, d'un ineffable amour,
Regardez à travers ses voiles ;
Un mystère est au fond de leur grave beauté,
L'hiver, quand ils sont noirs comme un linceul, l'été,

Quand la nuit les brode d'étoiles
Victor Hugo






Le Coucher du soleil 
Il se penche, et s’éteint. Le jour expire, mais il va porter autre part une nouvelle vie.
Oh! Que n’ai-je des ailes pour m’élever de la terre, et m’élancer après lui dans une clarté éternelle!  

                                                                Goethe, Faust



Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses
qui traînent encore à l'horizon comme l'agonie du jour sous
l'oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font
des taches d'un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant,
les lourdes draperies qu'une main invisible attire des profondeurs de
I'Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le
cœur de l'homme aux heures solennelles de la vie.
On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses, où
une gaze- transparente et sombre laisse entrevoir les splendeurs
amorties d'une jupe éclatante, comme sous le noir présent
transperce le délicieux passé; et les étoiles vacillantes d'or et
d'argent, dont elle est semée, représentent ces feux de la fantaisie
qui ne s'allument bien que sous le deuil profond de la Nuit.


Baudelaire






Et comme je l'avais promis à certaines, je vous propose de nouveau cette photo...