En cette belle fin de semaine ensoleillée de la Pentecôte,
comme depuis plusieurs années, nous nous rendions à Saint Malo, au festival
"des Étonnants voyageurs". Nous avions même prévu les chapeaux de
paille pour aller d'un point à un autre dans la ville !
Je ne vous présenterai pas tout mon programme, tellement il
fut intense, ce fut trois journées bien remplies. "Bon, cette fois on fait
"cool" ! Disions-nous avant de partir…
Entre les cafés littéraires, dans la salle du grand large,
les différentes interventions à l'école de la marine, à l'hôtel du nouveau monde, au théâtre
Chateaubriand… Ce fut un vrai festival et je vous raconterai, à l'aide de
quelques photos, mes rencontres ou découvertes.
D'abord, une intervention convaincante d'Eric Orsenna
avec son humour sympathique. Il nous présenta son dernier opus "la route du papier", (que tout le
monde a lu sauf moi !) avec une verve absolument érudite et vécue, de la
naissance du papier en Chine, en passant par le Japon, la Corée, Saint
Marcande, l'Italie, Grenoble (centre technique du papier) Montgeron et le
faux-monnayeur, Nanterre où se trouve l'office des contrefaçons… Et tout cela
avec maintes anecdotes et maints détails.
Il termina par l'évocation des carnets de Pasteur,
découverte qui le fait encore frémir aujourd'hui puisqu'il occupe son ancien
siège à l'Académie.
Son prochain livre aura pour thème la mer, nous a-t-il dit,
puisqu'il part, je crois, avec une très grande navigatrice, Isabelle
Autissier.
Un bon moment passé aussi avec Carole Martinez et son
"Dudomaine des murmures"
(que j'ai lu !) Elle nous rappela de joyeuse façon, qu'il lui fallu quatorze ans
pour écrire son premier livre "le cœur
cousu" et deux mois pour le voir filer des bacs des libraires…
Elle adore entendre son lecteur raconter son livre mais
puisqu'elle se trouve là pour en parler… Elle a laissé son héroïne deux cents
pages dans son "trou" alors qu'elle pensait ne la laisser là qu'une
trentaine de pages ! Au début de l'écriture, elle ne pensait pas parler de
maternité, de relation filiale mais seulement de murmures de six femmes
enfermées dans ce même trou noir…
Et puis la maternité est venue s'inscrire sur ces murs. Son héroïne l'a ressentie, la première fois, sur la pointe des seins contre les murs de sa prison. Toutes ces sensations
d'enfermement, elle est allée les vivre dans un
vrai château, qu'elle avait tout
d'abord construit sur le papier. Ou du moins, elle s'est inspirée du château de Montal près de St Céré (j'en garde un très beau souvenir !), nommé "château
de la maternité" construit en 1523 par une femme, Jeanne de Balzac qui se
croyait stérile. Elle le destinait à son fils aîné, Amaury, qui, parti à la
guerre, ne revint pas vivant. Vous ne manquerez sans doute pas de remarquer les
mots "Plus d'espoir", que la malheureuse mère fit graver sous une des
lucarnes du bâtiment." Il y a l'aile des vivants et l'aile des morts et
une tour…
Six femmes sont passées par ce château, dont Jeanne de
Balzac et Esclermonde (celle qui éclaire le monde) et il ne reste que leurs
murmures. Elle les a imaginées puis dessinées.
Carole Martinez avait pensé pour le titre de son livre
"ne vois-tu rien venir" puis " le soupir de la sainte et les
cris de la fée" (vers de Gérard de Nerval)…
Le "domaine des murmures", ça fait un peu
"pinard" a pensé un de ses amis et les filles ont pensé à une saga… Elle choisit alors
"Du domaine des murmures"
Le thème de la femme qui refuse, une recluse, qui était déjà
le thème de son "cœur cousu", une femme enfermée dans sa cuisine. Dans
celui-là, dès le départ, elle voulait l'enterrer vivante comme dans les contes
orientaux (déjà dans "le lait de la mort" chez Yourcenar) où l'on
prie sans aucune issue, (voir les dames du 12e de Georges Duby, les
pèlerins faisaient passer les messages de recluses en recluses.
Puis elle nous parla de la fenestrelle, petite fenêtre avec
des barreaux, métaphore très forte, qui est devenue l'unique orifice de la
recluse (sa bouche, son sexe).
La pierre allait enfanter. Un ventre de chair enfermé dans
un ventre de pierre qui lui-même est enfermé en moi nous confie Carole
Martinez. Je trouve cette image incroyable. Et vous ?
La prochaine fois je vous conterai, une belle rencontre que
j'ai faite aussi cette année, l'auteure mauricienne Ananda Devi. A bientôt !
Le joli mois de mai où les lilas blancs s'épanouissent
Les " boules de neige" sont blanches comme neige!!! (Clin d'œil)
Quand le temps s'arrête au bout du chemin d'un côté et de l'autre… trouver et accueillir enfin l'espoir dans les fleurs des pommiers…
Chaque pommier à son rythme...
Nous réjouir de la nature toujours recommencée...
Lever toujours le nez au ciel....
Mais rester les deux pieds sur terre ou les quatre...
Les aubépines sont aussi en
pleine floraison avec ce merveilleux soleil qui cette fois nous amène la
chaleur tant attendue et nous redonne l'énergie nécessaire à toute vie sur terre….
Mais j'ai perdu la photo des aubépines, elle ne doit pas être loin... Ce sera pour la prochaine fois!
Dans la farandole des photos de la semaine, menée par Amartia, me voilà de nouveau parmi vous dans ce tourbillon joyeux !!!
Quand des plantes s'invitent au jardin à côté des habituées...
Je crois bien que c'est une Euphorbe mais je n'ai pas encore trouvé son nom.
Et vous la connaissez-vous ?
Tout ce vert au jardin, m'a fait me souvenir une poésie de Louise de Vilmorin :
La solitude est verte.
Chasseresse ou dévote
ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
Mon inconnue
La solitude est verte.
Verte comme verveine
au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.
Verte comme la pomme
en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.
Elles seront bientôt blanches, ouf!
Un autre extrait d'un poème de Louise de Vilmorin :
Dans les jardins, le vent sauvage
Berce des fleurs aux noms latins.
Dans les jardins, sous les ombrages,
La nuit est verte le matin.
Heureusement des taches de couleurs apparaissent de-ci de-là...
Et entre-deux, je filais au
salon du livre de Caen pour y rencontrer Adrien Goetz, par hasard, mais son
"Intrigue à Venise" m'a bien tentée quand il m'en a fait un résumé
tout à fait séduisant. Après avoir lu celui-ci je crois que j'irais rejoindre
son héroïne dans une "Intrigue à Bayeux" et qui sait à Versailles? En
effet, cette Pénélope est conservatrice et M Goetz la suit dans ses mutations successives,
trois livres, trois intrigues, Bayeux,
Versailles et Venise… A suivre!
Je voulais voir aussi
Dominique Bona dont le livre "Berthe Morisot" m'avait bien plu pour
comprendre ces familles Morisot, Manet, Rouard et Lerolle au centre du mouvement
impressionnisme… Elle me dédicaça donc "les deux sœurs", son dernier
opus.
L'entrevue fut courte car
elle devait se préparer pour son intervention, "Etat d'art"
justement avec Adrien Goetz au café littéraire où j'ai eu grand plaisir à les
entendre tous les deux!
Après avoir avalé un petit sandwich
et un café nous nous rendions au théâtre
pour assister au concert du troisième
livre des madrigaux de Claudio Monteverdi.
"Paul Agnew (photo)
poursuit avec des jeunes chanteurs des Arts
Florissants son intégrale des madrigaux de Claudio Monteverdi, considéré comme le créateur de l'opéra. Ses
madrigaux témoignent de l'évolution de son écriture. On en arrive au troisième
livre publié en 1592, alors que le compositeur vient de s'installer à la cour
de Mantoue qui rassemble les plus grands artistes et savants de l'époque.
Monteverdi restera près de
vingt ans à la cour des Gonzague, avant de partir pour la prestigieuse Venise
où il jouira d'une grande renommée. On retrouve dans ce livre écrit sur le
modèle traditionnel à cinq voix, le poète italien Le Tasse, avec notamment des extraits de La Jérusalem
délivrée, long poème épique.
Avec comme interprètes : Miriam Allan, Hannah Morrison, sopranos ; Stéphanie Leclercq, contralto ; Paul Agnew (direction musicale),
Sean Clayton ténors ; Lisandro Abadie, basse"
L'amour
est au centre du troisième livre des madrigaux, interprété ce soir à Caen par
Paul Agnew avec cinq autres chanteurs, des Arts Florissants, chœur et orchestre
créés par William Christie dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Ici, on
a la chance d'avoir ce chef en résidence à Caen depuis plusieurs années qui
nous a fait mieux connaître la musique baroque.
Dans
ce livre, le troisième, c'est l'histoire
pastorale d'un amour perdu qui se joue dans un
décor bucolique que nous percevons rien qu'à la lecture des titres des différentes parties du livre III : Pianta
(plante), erbette (herbes), rossignol, verdi fronde (vertes frondaisons),
bianchi fiori (fleurs blanches, Primavera (printemps)…
Des
moments de grande liesse alternent avec des instants de très profonde tristesse
à la limite d'un romantisme exacerbé…
Et
comme on peut le constater, la mélodie des voix s'harmonise avec bonheur aux
paroles et sait traduire les sentiments des deux amants.
Les
voix s'entremêlent harmonieusement puis c'est un solo d'une soprano ou d'un
ténor ou d'un duo puis un trio et les cinq voix qui terminent chaque partie…
Paul
Agnew nous avait avertis que ces madrigaux nous emmèneraient sur les premières
marches de l'opéra, que Claudio Monteverdi a composé aussi ces madrigaux pour
mettre les voix féminines en valeur, voix qu'on n'avait pas l'habitude
d'entendre dans les chapelles, à cette époque puisque réservées aux chanteurs
et instruments…
"Oh
Printemps, de la jeunesse de l'année…", j'ai bien aimé ce passage où la
joie de vivre et d'aimer s'exprimait dans une nature printanière qui
contrastait ensuite avec une souffrance terrible de l'amour perdu, à jamais…
La
passion tue et on se trouve complètement dans un contexte baroque porté par les
voix qui se chevauchent avec insistance pour décrire la contradiction de
l'amour !
Si
vous voulez, je vous donne à écouter cet extrait du deuxième livre des
Madrigaux :