Quand l'herbe dans le pré
reverdit et que les merisiers se parent de blanc comme par enchantement… Blanc,
vert.
Le poney blanc se fiche
éperdument de mon âme vagabonde et pourtant il lui arrive de me regarder du
coin de l'œil quand il me voit descendre vers les merisiers en fleur… Blanc,
vert
Le livre que je lis en ce
moment "Cahier de verdure" de Philippe Jaccottet est tout à fait
l'expression que je ressentie ce jour d'avril dans ma campagne normande ! Vert,
blanc.
Que nenni, ce ne sont pas
des cognassiers blancs mais j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur !!!
" Autre
chose vue au retour d'une longue marche sous la pluie, à travers la portière
embuée d'une voiture : ce petit verger de cognassiers protégé du vent par une
levée de terre herbue, en Avril."
Oui,
je sais les cognassiers blancs ne sont pas les cerisiers ou merisiers qui
bordent les champs, dans les haies, par ici mais… Vert, blanc.
"Il a bien fallu m'approcher de ces
arbres. Leurs fleurs blanches, à peine
teintées de rose, m'ont fait penser tour à tour à de la cire, à de l'ivoire, à
du lait. Etaient-elles des sceaux de cire, des médailles d'ivoire suspendues
dans cette chambre verte, dans cette maison tranquille ?"
Derrière la maison, ici, il
n'est pas non plus un verger mais… Blanc, vert.
"Elles m'ont fait penser aussi aux fleurs de
cire que l'on voyait autrefois sous des cloches de verre dans les églises,
ornements moins périssables que les vrais bouquets ; après quoi, tout
naturellement, ce verger " simple et tranquille "
comme la vie que le Gaspard Hauser de Verlaine rêve du fond de sa prison, m'est
apparu lui-même telle une chapelle blanche dans la verdure, un
simple oratoire en bordure de chemin où un bouquet de fleurs des champs
continue à prier tout seul, sans voix, pour le passant qui l'y a déposé un
jour, d'une main pieuse ou peut-être distraite, parce qu'il appréhendait une
peine ou marchait vers un plaisir."
" Je crois bien qu'en tout verger, l'on
peut voir la demeure parfaite : un lieu dont l'ordonnance est souple, les murs
poreux, la toiture légère ; une salle si bien agencée pour le mariage
de l'ombre et de la lumière que tout mariage humain devrait s'y fêter, plutôt
qu'en ces tombes que sont devenues tant d'églises."
"Et ce verger-ci, mi-parti de vert et de blanc, c'est le blason des noces rustiques
et des fêtes de printemps, une musique de chalumeaux et de petits tambours
encore assourdis par un reste de brume.
" Je me suis dit (et je me le redirai plus tard devant les mêmes arbres en d'autres lieux) qu'il n'était rien de plus beau, quand il fleurit, que cet arbre-là. J'avais peut-être oublié les pommiers, les poiriers de mon pays natal."
" …L'ensemble, fleurs et feuilles, avait quelque chose de plus solide, de plus simple, de plus calme ; de plus épais aussi, de plus opaque. Cela ne vibrait ni ne frémissait comme oiseaux avant l'envol ; cela ne semblait pas non plus commencer, naître ou sourdre, comme ce qui serait gros d'une annonce, d'une promesse, d'un avenir. C'était là, simplement. Présent, tranquille, indéniable. Et, bien que cette floraison ne fût guère plus durable que les autres, elle ne donnait au regard, au cœur, nulle impression de fragilité, de fugacité. Sous ces branches-là, dans cette ombre, il n'y avait pas de place pour la mélancolie."
" Vert et blanc. C'est le blason de ce verger."
"Vert et blanc : couleurs heureuses entre toutes les couleurs mais plus proches de la nature que les autres, couleurs champêtres, féminines, profondes, fraîches et pures, couleurs moins sourdes que réservées, couleurs qui semblent plutôt paisibles, rassurantes."
Philippe Jaccottet
Et pour moi, vert et blanc. Ce sont les couleurs de ce petit bout de printemps, si court…
A bientôt !
















































