Voilà ma participation à la photo de la semaine avec Amartia et si vous voulez voir les autres clichés des participants c'est ici.
Cinq jours bloqués dans la neige, la photo de la semaine ne pouvait être que celle-ci ou une autre, car je n'ai fait que photographier la neige, la neige et encore la neige...
Impossible de sortir de la maison sans mettre sa tenue de montagne...
Mars
Adieu les jours sereins, et les nuits étoilées !
La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison
Au penchant des coteaux, dans le fond des vallées
C'est le dernier effort de la rude saison.
C'est le mois ennuyeux, le mois des giboulées ;
Des frimas cristallins l'étrange floraison
Brode ses fleurs de givre aux branches constellées ; -
Là-bas un trait bronzé dessine l'horizon.
Le vieux chasseur des bois dépose ses raquettes
;
Plus d'orignaux géants, plus de biches coquettes,
Plus de course lointaine au lointain Labrador.
Il s'en consolera, dans la combe voisine,
En regardant monter sur un feu de résine
La sève de l'érable en brûlants bouillons d'or.
Louis Honoré Fréchette
Vichka suit son maître pas à pas!!!
La bise se rue à travers
Les buissons tout noirs et tout verts,
Glaçant la neige éparpillée
Dans la campagne ensoleillée.
Paul Verlaine
Le soleil et le ciel bleu sont revenus dès jeudi, ouf.....
Découvrir un paysage que l'on croit connaître
et qui vous surprend encore une fois, habillé d'une parure inconnue, vue pour
la première fois, dans cet écrin de collines…
En prenant cette série de photos, je pensais
fortement au dernier opus de Christian Bobin et j'essayais de m'imprégner de
cette immobilité, cette paix et cet émerveillement d'une nature endormie par le
givre qui l'a recouvrait de son manteau…
Et c'est avec ce poète que nous ferons cette
balade hivernale si vous le voulez !
"Nos pensées montent au ciel comme des
fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien
pensé. Le ciel est venu manger dans ma main.
Maintenant c'est le soir mais je ne veux pas
laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous voyez le monde.
Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs
partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance.
Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau - ça oui,
c'était important.
Nous massacrons toute la douceur de la vie et
elle revient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique - mais
l'oiseau que j'ai vu s'enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs
serrés, m'a ébloui.
J'essaie de vous dire une chose si petite que
je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut
effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre.
L'oiseau
allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un
palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un
poème.
Voici, je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque
rien que j'ai vu aujourd'hui et qui a ouvert toutes les portes de la mort : il
y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir.
Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les
piliers qui sont dans notre coeur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de
cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de
ses bienfaits les assassins que nous sommes."
Tout d'abord, la photo de la semaine avec Amartia, comme la
semaine a passé vite…
Un
petit air printanier avant le printemps, la chaleur en moins !!! Il ne faut pas
tout vouloir, me direz-vous !!! Et pour moi cette semaine fut un vrai bonheur
car j'ai pu voir mes deux fils, avec l'un ce fut une jolie balade jusqu'au
petit square ensoleillé puisque sa
petite famille est devenue citadine
et un récital avec mon deuxième et sa moitié, pour moi à
cause des fourmis rouges, entre autres!!!
"Tu
t´rappelles on s´était couché
Sur un
millier de fourmis rouges.
Aucun de
nous deux n´a bougé.
Les fourmis
rouges.
Est-ce que
quelque chose a changé?
Couchons-nous
sur les fourmis rouges
Pour voir si
l´amour est resté
Et voir si
l´un de nous deux bouge,
Couchés sur
les fourmis rouges."
Vous avez deviné, Michel Jonasz dont mon fils comme son père sont des fans de la
première heure…
Et son pianiste talentueux
Jean Yves d'Angelo
Ces quelques photos résumeront cette semaine bien remplie,
avec pour terminer, un ballet par La Compagnie Fêtes Galantes, qui m'a laissé
malgré des couleurs printanières, sur ma
faim, trop répétitif du début à la fin (c'est le seul de la saison que nous
avions choisi) mais je fus complètement emportée par la musique de Jean-Féry
Rebel (que j'ai découverte ici) et Gf Haendel, interprétée par "les
Talents Lyriques" et leur chef Christophe Rousset sans oublier les quatre chanteurs.
Terpsichore, un ballet-concert-lyrique, en fait, un
spectacle dansé (par 6 danseurs), musical (22 musiciens) et chanté par quatre
solistes, est un clin d'œil à Marie Salé, danseuse de renom dont le talent et
la grâce inspirèrent Rebel et Haendel (ici)…
Ainsi à la Terspsichore de Rebel succède une Terspsichore de
Haendel dans ce même spectacle ! Les
premières figures du ballet, dans la pénombre comme des silhouettes
fantasmagoriques, les danseurs vêtus de blanc, puis vinrent la lumière et les
couleurs des tenues des danseurs… Mais je n'avais d'yeux et d'oreilles que pour
l'orchestre et les chanteurs dans la fosse car au-dessus se déroulait une danse
baroque que j'abandonnais souvent du regard pour les autres interprètes de ce
ballet-concert !
Et il neige, l'hiver n'est pas fini…Et à l'instant le soleil brille !!!!!
Mercredi, nous passions la fin de l'après-midi et la
soirée au cinéma le cinémoviking de Saint Lô où nous avons pu revoir "Un dimanche à la
campagne" et "la vie et rien d'autre" deux films présentés par
Bertrand Tavernier lui-même.
Inutile de vous dire que ce fut passionnant et pour la
deuxième fois (la première fois au festival du cinéma de Compiègne) nous avions la joie de
rencontrer cet homme enthousiaste et simple qui parle de son cinéma comme
personne, Monsieur Bertand Tavernier …
En premier lieu, Il nous a présenté ce "dimanche à
la campagne" si mélancolique, presque ennuyeux avant que n'arrive Sabine
Azena, l'enfant préféré du père, si élégante, si joyeuse, si extravagante aux
côtés de son frère si terne, si réservé…Le père est ébloui par sa fille qui
reste pour lui un véritable bouquet de bonheur !!!! Voir un extrait ici
Ce qu'en dit Ouest-FRANCE : "Comme chaque dimanche
de cette année 1912, un vieux peintre au crépuscule de sa vie accueille ses
enfants dans sa maison de campagne. Le sérieux de son fils contraste fortement
avec l'anticonformisme de sa fille."
Puis ce fut la présentation du deuxième film, "la
vie et rien d'autre" Extrait ici
En 1920, un commandant de l'armée française (Philippe
Noiret) est chargé d'identifier et de recenser les soldats disparus de la Grande
Guerre. Sur son chemin il rencontre une femme (Sabine Azema) qui recherche son
mari et en tombe amoureux.
Présentation du film suivie après le film d'un moment de
questions-réponses où B. Tavernier ne fut pas avare de renseignements sur cette
période de 1920 où 350 000 disparus furent recherchés. Philippe Noiret et
Sabine Azema y jouent merveilleusement bien avec une belle authenticité et
beaucoup d'émotion
et je me souviendrais encore longtemps de cette lettre que
Noiret (le commandant Dellaplane), de sa belle campagne, envoie à Sabine,
partie aux Etats Unis… Lettre que toute femme aimerait bien recevoir un jour,
et c'est Jean Cosmos le coscénariste et
dialoguiste du film qui l'a écrite nous dit B. Tavernier.
Comment ne pas resté insensible, à la fin du film, à
cette avalanche de beauté, les collines, le cheval et son cavalier, la mer et
en contraste, les immeubles de New-York, dans les beaux quartiers, ce bel
appartement habité par une femme très élégante qui lit une lettre…
Voilà :
Bédarieux, 6 janvier 1922
Irène, très chère Irène,
Votre lettre m'a donné une très grande joie parce qu'elle
m'apportait un grand espoir. Enfin vous ! Enfin quelques mots me rendaient
votre voix, votre regard, l'émouvante silhouette de mes jours et de mes nuits
de solitude! Dieu veuille que mon message vous atteigne à New York avant ce
grand départ que vous m'annoncez pour le Wisconsin. J'ai eu du mal à le
découvrir sur mon globe. Comment vous y retrouverais-je si vous aviez
l'imprudence d'aller vous y perdre?
"Nouvelle vie" dites-vous, "nouvelles
têtes, nouveau départ". Qu'avez-vous besoin de toute cette nouveauté, vous
qui renouvelez si bien toutes choses et notamment le vieux cœur des vieux
hommes?
Vous n'avez compris ni mon trouble ni mon silence. Ai-je
compris moi-même? J'étais, je suis encore tremblant de mon immense tendresse,
et votre véhémence, votre flamme me paralysaient... nuit effrayante dans mon
souvenir. Il suffisait que je murmure les trois mots dont vous me lanciez le
défi et je me suis tû. Aujourd'hui, je les crie cent fois par jour, de toutes
les forces qui me restent, souhaitant qu'ils passent la formidable étendue qui
nous sépare: je vous aime, oui je vous aime, à jamais.
Cet aveu vous donnera peut-être à rire après tant de mois
de séparation. Il me soulage. Il m'assure que je suis vivant, en paix avec
moi-même. Le reste n'est que broutilles.
J'ai pris de grandes résolutions. Par exemple celle de me
séparer de l'armée, laquelle d'ailleurs n'a fait aucune difficulté pour me
libérer. Et comme je n'ai de goût ni pour les villes, ni pour les cravates,
j'ai regagné la terre de mon enfance où je dispose d'une maison de famille
entourée de quelques hectares de rocaille et de vignoble.
Je vous offre, sans trop d'illusion, cette royauté
dérisoire.
Il est dix heures du soir. L'air sent bon le crottin, la
menthe et le caramel parce que j'ai fait tomber du sucre sur ma cuisinière.
Demain matin j'irai voir si les sangliers de mon petit bois sont partis pour
l'Espagne et je commencerai d'attendre, de vous attendre. J'attends déjà. Je
n'attendrai pas plus de cent ans. Mettons cent un ans.
Post-scriptum: C'est la dernière fois que je vous
importune avec mes chiffres terribles. Mais par comparaison avec le temps mis
par les troupes alliées à descendre les Champs Élysées lors du défilé de la
Victoire, environ trois heures je crois, j'ai calculé que dans les mêmes
conditions de vitesse de marche et de formation réglementaire, le défilé des
pauvres morts de cette inexpiable folie n'aurait pas duré moins de onze jours
et onze nuits. Pardonnez-moi cette précision accablante.