Découvrir un paysage que l'on croit connaître
et qui vous surprend encore une fois, habillé d'une parure inconnue, vue pour
la première fois, dans cet écrin de collines…
En prenant cette série de photos, je pensais
fortement au dernier opus de Christian Bobin et j'essayais de m'imprégner de
cette immobilité, cette paix et cet émerveillement d'une nature endormie par le
givre qui l'a recouvrait de son manteau…
Et c'est avec ce poète que nous ferons cette
balade hivernale si vous le voulez !
"Nos pensées montent au ciel comme des
fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien
pensé. Le ciel est venu manger dans ma main.
Maintenant c'est le soir mais je ne veux pas
laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous voyez le monde.
Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs
partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance.
Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau - ça oui,
c'était important.
Nous massacrons toute la douceur de la vie et
elle revient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique - mais
l'oiseau que j'ai vu s'enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs
serrés, m'a ébloui.
J'essaie de vous dire une chose si petite que
je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut
effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre.
L'oiseau
allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un
palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un
poème.
Voici, je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque
rien que j'ai vu aujourd'hui et qui a ouvert toutes les portes de la mort : il
y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir.
Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les
piliers qui sont dans notre coeur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de
cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de
ses bienfaits les assassins que nous sommes."
Tout d'abord, la photo de la semaine avec Amartia, comme la
semaine a passé vite…
Un
petit air printanier avant le printemps, la chaleur en moins !!! Il ne faut pas
tout vouloir, me direz-vous !!! Et pour moi cette semaine fut un vrai bonheur
car j'ai pu voir mes deux fils, avec l'un ce fut une jolie balade jusqu'au
petit square ensoleillé puisque sa
petite famille est devenue citadine
et un récital avec mon deuxième et sa moitié, pour moi à
cause des fourmis rouges, entre autres!!!
"Tu
t´rappelles on s´était couché
Sur un
millier de fourmis rouges.
Aucun de
nous deux n´a bougé.
Les fourmis
rouges.
Est-ce que
quelque chose a changé?
Couchons-nous
sur les fourmis rouges
Pour voir si
l´amour est resté
Et voir si
l´un de nous deux bouge,
Couchés sur
les fourmis rouges."
Vous avez deviné, Michel Jonasz dont mon fils comme son père sont des fans de la
première heure…
Et son pianiste talentueux
Jean Yves d'Angelo
Ces quelques photos résumeront cette semaine bien remplie,
avec pour terminer, un ballet par La Compagnie Fêtes Galantes, qui m'a laissé
malgré des couleurs printanières, sur ma
faim, trop répétitif du début à la fin (c'est le seul de la saison que nous
avions choisi) mais je fus complètement emportée par la musique de Jean-Féry
Rebel (que j'ai découverte ici) et Gf Haendel, interprétée par "les
Talents Lyriques" et leur chef Christophe Rousset sans oublier les quatre chanteurs.
Terpsichore, un ballet-concert-lyrique, en fait, un
spectacle dansé (par 6 danseurs), musical (22 musiciens) et chanté par quatre
solistes, est un clin d'œil à Marie Salé, danseuse de renom dont le talent et
la grâce inspirèrent Rebel et Haendel (ici)…
Ainsi à la Terspsichore de Rebel succède une Terspsichore de
Haendel dans ce même spectacle ! Les
premières figures du ballet, dans la pénombre comme des silhouettes
fantasmagoriques, les danseurs vêtus de blanc, puis vinrent la lumière et les
couleurs des tenues des danseurs… Mais je n'avais d'yeux et d'oreilles que pour
l'orchestre et les chanteurs dans la fosse car au-dessus se déroulait une danse
baroque que j'abandonnais souvent du regard pour les autres interprètes de ce
ballet-concert !
Et il neige, l'hiver n'est pas fini…Et à l'instant le soleil brille !!!!!
Mercredi, nous passions la fin de l'après-midi et la
soirée au cinéma le cinémoviking de Saint Lô où nous avons pu revoir "Un dimanche à la
campagne" et "la vie et rien d'autre" deux films présentés par
Bertrand Tavernier lui-même.
Inutile de vous dire que ce fut passionnant et pour la
deuxième fois (la première fois au festival du cinéma de Compiègne) nous avions la joie de
rencontrer cet homme enthousiaste et simple qui parle de son cinéma comme
personne, Monsieur Bertand Tavernier …
En premier lieu, Il nous a présenté ce "dimanche à
la campagne" si mélancolique, presque ennuyeux avant que n'arrive Sabine
Azena, l'enfant préféré du père, si élégante, si joyeuse, si extravagante aux
côtés de son frère si terne, si réservé…Le père est ébloui par sa fille qui
reste pour lui un véritable bouquet de bonheur !!!! Voir un extrait ici
Ce qu'en dit Ouest-FRANCE : "Comme chaque dimanche
de cette année 1912, un vieux peintre au crépuscule de sa vie accueille ses
enfants dans sa maison de campagne. Le sérieux de son fils contraste fortement
avec l'anticonformisme de sa fille."
Puis ce fut la présentation du deuxième film, "la
vie et rien d'autre" Extrait ici
En 1920, un commandant de l'armée française (Philippe
Noiret) est chargé d'identifier et de recenser les soldats disparus de la Grande
Guerre. Sur son chemin il rencontre une femme (Sabine Azema) qui recherche son
mari et en tombe amoureux.
Présentation du film suivie après le film d'un moment de
questions-réponses où B. Tavernier ne fut pas avare de renseignements sur cette
période de 1920 où 350 000 disparus furent recherchés. Philippe Noiret et
Sabine Azema y jouent merveilleusement bien avec une belle authenticité et
beaucoup d'émotion
et je me souviendrais encore longtemps de cette lettre que
Noiret (le commandant Dellaplane), de sa belle campagne, envoie à Sabine,
partie aux Etats Unis… Lettre que toute femme aimerait bien recevoir un jour,
et c'est Jean Cosmos le coscénariste et
dialoguiste du film qui l'a écrite nous dit B. Tavernier.
Comment ne pas resté insensible, à la fin du film, à
cette avalanche de beauté, les collines, le cheval et son cavalier, la mer et
en contraste, les immeubles de New-York, dans les beaux quartiers, ce bel
appartement habité par une femme très élégante qui lit une lettre…
Voilà :
Bédarieux, 6 janvier 1922
Irène, très chère Irène,
Votre lettre m'a donné une très grande joie parce qu'elle
m'apportait un grand espoir. Enfin vous ! Enfin quelques mots me rendaient
votre voix, votre regard, l'émouvante silhouette de mes jours et de mes nuits
de solitude! Dieu veuille que mon message vous atteigne à New York avant ce
grand départ que vous m'annoncez pour le Wisconsin. J'ai eu du mal à le
découvrir sur mon globe. Comment vous y retrouverais-je si vous aviez
l'imprudence d'aller vous y perdre?
"Nouvelle vie" dites-vous, "nouvelles
têtes, nouveau départ". Qu'avez-vous besoin de toute cette nouveauté, vous
qui renouvelez si bien toutes choses et notamment le vieux cœur des vieux
hommes?
Vous n'avez compris ni mon trouble ni mon silence. Ai-je
compris moi-même? J'étais, je suis encore tremblant de mon immense tendresse,
et votre véhémence, votre flamme me paralysaient... nuit effrayante dans mon
souvenir. Il suffisait que je murmure les trois mots dont vous me lanciez le
défi et je me suis tû. Aujourd'hui, je les crie cent fois par jour, de toutes
les forces qui me restent, souhaitant qu'ils passent la formidable étendue qui
nous sépare: je vous aime, oui je vous aime, à jamais.
Cet aveu vous donnera peut-être à rire après tant de mois
de séparation. Il me soulage. Il m'assure que je suis vivant, en paix avec
moi-même. Le reste n'est que broutilles.
J'ai pris de grandes résolutions. Par exemple celle de me
séparer de l'armée, laquelle d'ailleurs n'a fait aucune difficulté pour me
libérer. Et comme je n'ai de goût ni pour les villes, ni pour les cravates,
j'ai regagné la terre de mon enfance où je dispose d'une maison de famille
entourée de quelques hectares de rocaille et de vignoble.
Je vous offre, sans trop d'illusion, cette royauté
dérisoire.
Il est dix heures du soir. L'air sent bon le crottin, la
menthe et le caramel parce que j'ai fait tomber du sucre sur ma cuisinière.
Demain matin j'irai voir si les sangliers de mon petit bois sont partis pour
l'Espagne et je commencerai d'attendre, de vous attendre. J'attends déjà. Je
n'attendrai pas plus de cent ans. Mettons cent un ans.
Post-scriptum: C'est la dernière fois que je vous
importune avec mes chiffres terribles. Mais par comparaison avec le temps mis
par les troupes alliées à descendre les Champs Élysées lors du défilé de la
Victoire, environ trois heures je crois, j'ai calculé que dans les mêmes
conditions de vitesse de marche et de formation réglementaire, le défilé des
pauvres morts de cette inexpiable folie n'aurait pas duré moins de onze jours
et onze nuits. Pardonnez-moi cette précision accablante.
Voilà, ce sera elle ma photo de la semaine !!!! Avec Amartia !!!!!!!
Mardi soir, nous prenons le chemin du théâtre de Caen que
nous avons quitté la veille pour un autre concert…
Ce soir-là, c'était la tragédie lyrique ou l'opéra tragique
en cinq actes de Marc-Antoine Charpentier, compositeur français du 17 e siècle.
Il s'était démarqué de Lully, son contemporain et vedette du moment.
Cet opéra fut donné pour la première fois sous sa forme
scénique à Aix en Provence, l'été dernier. Sous la baguette de William Christie, accompagné par ses
musiciens et par une pléiade de jeunes
talents, de son jardin des voix.
Sans aucune prétention, je vais vous relater mon ressenti
par rapport à cette œuvre de Charpentier, David et Jonathas . Si vous voulez en savoir plus de
l'histoire c'est ici.
J'ai été captivée par
cette histoire revisitée qui date d'avant J.C. puisqu'elle est tirée de
l'ancien testament. L e cinquième acte m'a carrément bouleversée, par la
musique bien sûr mais aussi par le jeu et la qualité des voix des chanteurs :
Jonathas (Ana Quintans ), David (Pascal Charbonneau) et Saûl (Neal Davies) et Joabel (Kresimir Spicer) la Pythonisse
(Dominique Visse)
C'est bien la première fois, lors d'un opéra qu'une larme
coula sur ma joue sans crier gare ! Je connaissais un peu la musique de
Charpentier (Médée), j'avais écouté des extraits de ce David et Jonathas sur CD.
Il faut dire que William Christie est un spécialiste de ce compositeur,
d'ailleurs il a donné à son orchestre le nom d'un opéra de son auteur préféré,
les Arts Florissants.
J'ai donc été subjuguée par la mise en scène et le jeu des
chanteurs-comédiens qui nous ont fait vivre des moments intense d'émotion et toujours cette musique qui souligne d'une
façon magistrale cette tragédie humaine faite d'orgueil, de jalousie, de soif de
pouvoir, d'inévitables conflits qui se finalisent toujours en guerre mais aussi
de fidélité, d'authenticité et d'amour…
Les chœurs servaient à ravir la tragédie et la musique de
Charpentier et vivaient les scènes avec tant de conviction que s'en était
poignant. Quand la foule d'un seul élan pleure le destin cruel des héros…
La sobriété, c'est le moins que l'on puisse dire, du décor
m'a intriguée au début puis, entrée dans l'histoire, il était là pour souligner,
encadrer, amplifier ou au contraire enfermer le tragique qui se jouait sur la
scène. Ce n'est plus du tout le grand siècle de Louis XIV !!!! Et pourquoi pas
? Derrière moi "on" disait qu'ils auraient pu au moins peindre les
cloisons en blanc ou gris !!!
Un bel exemple de l'utilité de ce décor coulissant : La
scène de la Pythonisse qui prédit à Saül un destin tragique est absolument
édifiante de surréalisme. Le drame se joue ici par la multiplicité de ce
personnage féminin (le seul de la tragédie) flanqué d'un tablier, palanquée de
sorcières habillées de la même façon, déambulant d'une pièce à l'autre et se
retrouvant à chaque fois face au roi Saül, qui ne sait plus où donner de la tête…
Regardez les extraits avec le lien plus haut.
Enthousiasmée je fus par l'expressivité des deux amis et de
ceux qui les entouraient, que ce soit dans les monologues de Jonathas ou David,
de Saül, de Joabel sans oublier la sorcière (la Pythonisse, ) et les duetti
entre les deux héros et entre Saül et son fils. Peut-être "un plus"
pour Pascal Charbonneau, une voix de ténor (m'a-t-on dit) presque contre-ténor
à mon avis mais bon je ne suis qu'une amateur, et il a une diction parfaite, je n'ai pas eu
besoin de lire le sur titrage !
Deux scènes m'ont particulièrement bouleversée; quand
Jonathas doit choisir entre suivre son père ou son ami de cœur et, la dernière
scène, lorsque David pleure Jonathas, blessé à mort, agonisant, étendu sur le
sol…David a tout perdu, même son empire ne pourra jamais le consoler de la perte de celui qu'il aimait et qui l'aimait !
Bon, vous savez que j'aime l'opéra et je vous ai donné ici
mes impressions.
On se
croirait au mois de mars ! Me glissa la boulangère comme si elle ne voulait pas
prononcer son "ras le bol" de la pluie qui ne nous quitte pas depuis…
Mais
regardez, le soleil vient de se lever en soirée !!!
Juste le
temps d'attraper mon APN en rentrant à la maison et ma chienne me suivant, je
partais à grands pas dans les champs pour voir le spectacle lumineux d'un soir
d'hiver après une journée de pluie et de grêle… Prenez vos bottes car dans les
herbages ça fait "ploc, ploc, ploc !!!!
Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
- Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !
Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source,
sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite...
- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !
Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons;
Une odeur
de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.
Baudelaire
Deux concerts
en ce début de semaine m'ont mis la joie au cœur, ce sera pour la prochaine
fois !
En
attendant je vous donne RV samedi, vous savez pour la photo de la semaine !
Je
n'aime pas les fêtes foraines mais la nuit, de loin, elles ont un côté
mystérieux et au bord de la Vire je me
suis amusée à prendre quelques photos des lumières et leurs reflets et là
j'étais à la fête!!!!
Heureux comme la truite
remontant le torrent
Heureux le cœur du monde
Sur son jet d’eau de sang
Heureux le limonaire
Hurlant dans la poussière
De sa voix de citron
Un refrain populaire
Sans rime ni raison
Heureux les amoureux
Sur les montagnes russes
Heureuse la fille rousse
Sur son cheval blanc
Heureux le garçon brun
Qui l’attend en souriant
Heureux cet homme en deuil
Debout dans sa nacelle
Heureuse la grosse dame
Avec son cerf-volant
Heureux le vieil idiot
Qui fracasse la vaisselle
Heureux dans son carrosse
Un tout petit enfant
Malheureux les conscrits
Devant le stand de tir
Visant le cœur du monde
Visant leur propre cœur
Visant le cœur du monde
En éclatant de rire.
Fête foraine
Jacques PRÉVERT
Recueil :
"Paroles"
Une "aminaute" a
fait du plus grand stand sa bannière, c'est ici. En fait, elle l'a changée aujourd'hui ! Maintenant, c'est la fête foraine un jour de neige !
Vue de sous la passerelle
De l'autre côté de la passerelle, le vieux pont de pierres